Après une douzaine d’années à traquer l’action sur plus de 500 événements et à gérer le chaos créatif de mon équipe de photographes, j’ai appris que la magie en photographie n’arrive que rarement par hasard, elle se crée. En partant au Portugal avec ma famille l’été dernier, je savais que je m’engageais dans mon « contrat » le plus important de l'année. Mes proches devenaient mes clients VIP, et cette série de photos est l'héritage visuel que je leur offre.

Une photo souvenir classique et sans pression pour se mettre doucement dans l'ambiance des vacances.

Rappelez-vous que vous n’êtes pas photojournaliste, mais bien un amateur de photo en vacances. Oubliez la perfection : vous ferez des erreurs techniques (croyez-moi, j'en ai fait un tas !) et c'est normal. Le plus important, au final, c'est simplement de ramener de beaux souvenirs. 

1. Le choix des armes : l’audace des focales fixes

Pour ce voyage, j’ai troqué la polyvalence des zooms pour le caractère de deux objectifs fixes de marque Nikon : une 20mm f/1.8 et une 85mm f/1.4. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas un mandat où je ne me pointe pas avec ce duo qui constitue selon moi le kit incontournable lorsque l'on veut voyager léger sans sacrifier sa créativité.

Côté boîtier, j’ai troqué mes deux Z8  pour essayer le très compact et tout nouveau Nikon Z5 II de mon fils : j’ai adoré !

Le 85mm pour l'isolement : comme en sport, cette focale me permet de détacher un sujet fort dans un environnement complexe.

L'œil du photographe événementiel : repérer un personnage unique dans le chaos urbain. Le 85mm f/1.4 permet d'isoler ce monsieur malgré la distance. 

Sublimer l'imparfait : voici un exemple concret où le 85mm fait sa magie. En isolant ce détail de bateau, l'arrière-plan — qui pourrait être n'importe quelle rive encombrée — disparaît dans un flou crémeux. Les "défauts" naturels du décor deviennent une simple nappe de couleurs qui met en valeur la texture et les lignes du sujet principal. C'est la différence entre une photo souvenir banale et une image artistique léchée. 

POPIsoler pour raconter une histoire : cette image illustre parfaitement le pouvoir d'isolement du 85mm f/1.4. En me concentrant sur cette jeune femme seule à une table, j'ai pu flouter l'arrière-plan de manière qu'il devienne une ambiance douce et non une distraction. Le sujet se détache du chaos urbain, créant une impression de calme et de solitude. C'est ainsi que l'on transforme un moment banal en une scène cinématographique. 

Même dans une foule dense, la grande ouverture  permet de guider l'œil vers la profondeur de la rue, transformant une rue passante en une scène de film.

Le 20mm pour l'immersion : c’est la lentille du conteur. Elle capture l’ambiance des rues bondées tout en gardant une perspective naturelle.

Un paysage grandiose gagne en force quand on y ajoute une présence humaine. Ici, le contraste entre l'immensité de l'eau et les silhouettes sur les remparts de Porto donne une échelle réelle à la beauté du moment.

Conseil de pro : l'utilisation de la contre-plongée radicale (caméra au sol) crée un "point de fuite" vers le ciel qui guide immédiatement l'œil vers le haut des bâtiments de cette ruelle de Porto.

2. La photo de famille : gérer le temps, pas seulement la lumière

En événementiel, je suis habitué à la pression et au chaos, mais en vacances, le défi est différent : il faut composer avec l'impatience (bien légitime !) de ma gang. Capturer l'âme d'un voyage comme le nôtre au Portugal ne doit jamais se faire au détriment de l'expérience vécue par ceux que j'aime.

Le photographe face à la limite : l'abandon créatif
Parfois, l'œil de l'expert doit accepter de plier face à la réalité du voyageur. J'en ai eu un exemple frappant à Lisbonne.

La photo qui aurait pu être : 3 mètres plus loin, la composition avec ce célèbre funiculaire jaune aurait été idéale. Mais après 10 minutes interminables, l'engin n'avait toujours pas bougé et j'ai senti que je perdais ma « gang ». J'ai dû me résoudre à abandonner l'idée du « cliché parfait » pour respecter notre temps de découverte en famille.


L'anecdote prend une dimension humaine quand j'y repense aujourd'hui : quelques jours plus tard, ce même wagon nᵒ 1 était impliqué dans un tragique accident. Cela me rappelle que chaque moment capturé, même imparfait, est un trésor. Ne sacrifiez jamais le présent pour une simple photo.

Plutôt que de forcer une énième pose, j'ai choisi de déclencher, créant ainsi un souvenir vrai de cette journée. L'authenticité prime toujours sur la perfection forcée.

3. Le mode « Ninja » : capturer le moment candide


En événementiel, le secret est de se faire oublier. En vacances, c'est la clé pour éviter le syndrome des « photos forcées ».