En tant que perfectionniste, lâcher prise et accepter qu’une photo soit assez bonne pour être publiée sur les réseaux sociaux n’est jamais vraiment évident. L’avantage que j’ai avec le #SelfieProject, mon projet d’autoportrait où je prends une photo par jour pendant tout le mois de février, c’est qu’il impose un cadre : il n’y a que 24 heures dans une journée. Tôt ou tard, je dois accepter l’imperfection, le temps m’oblige à lâcher prise. Je dois prendre des décisions rapidement, être constante, disciplinée et utiliser les bons outils pour avancer.

Nikon Z 6III + Nikon Z 50mm f/1.2 S
1/20e | f/7.1 | ISO 800
Avec les années, l’intuition a pris le dessus sur le perfectionnisme. Le manque de temps m’empêche de me poser trop de questions et m’oblige à faire confiance à mon premier feeling. Une fois la photo publiée, le regard du public lui donne une identité bien à elle, souvent différente de mon intention initiale. Cette contrainte, que je voyais avant comme une pression, est devenue carrément libératrice. Je priorise donc un workflow simple et efficace pour arriver à mes fins. Voici comment je m’organise, étape par étape.
1. La préparation est la clé
C’est là où tout se joue. Je prépare mes concepts à l’avance et je teste les nouveaux procédés. Quand quelque chose ne fonctionne pas dans le projet, c’est souvent parce que je n’étais pas assez préparée. J’écris mes idées, je les réfléchis, je les visualise. Quels éléments de décor doivent être prêts d’avance, quel est mon personnage, quelle est l’intention de l’image, (…)

Nikon Z 6III + Nikon Z 50mm f/1.2 S
1/100e | f/1.3 | ISO 200
Comme je travaille dans mon atelier et que tout est bâti from scratch, presque rien n’est laissé au hasard, jusqu’à la couleur de mes souliers. Je pense aussi à mon plan d’éclairage en amont. Comme je travaille principalement en lumière continue, je me fais une idée claire avant même de commencer. Je réfléchis aussi au choix de l’objectif, est ce que ce sera un Nikon 35mm f/1.2 S ou un 70-200mm f/2.8 VR S ? Une fois février arrivé, miracle! Plus besoin de réfléchir, juste besoin d’agir.
2. Installer la scène
Quand tout est prêt, l’installation devient assez simple. Je place les éléments aux bons endroits et j’ajuste au besoin. Une fois l’éclairage installé et la caméra en place, je peux faire quelques ajustements de dernière minute avant de commencer à shooter.
3. Matériel photo et éclairage
J’utilise la Nikon Z 8 depuis près de trois ans pour ce projet et c’est un outil incroyable. Comme mes œuvres sont en vente en édition limitée et que je recherche une qualité d’image à la hauteur de mes attentes, c’est le bon outil avec ses 45,7 mégapixels.
Une partie essentielle de mon workflow repose aussi sur une maîtrise très fine de la caméra et de ses réglages. Elle agit carrément comme une extension de mon bras. Et que dire de la qualité des couleurs, moi qui suis fan de vibrance!
J’ajoute maintenant sur la Z 8 parfois une 24-70mm f/2.8 S II, mais dernièrement j’ai un penchant pour la 35mm f/1.2 S ou même la 14-30mm f/4 S. La distorsion me plaît vraiment, ça ajoute un look éditorial incroyable. En plus, c’est optimal pour les petits espaces.
Je la connecte maintenant directement à mon ordinateur avec Capture One, ce qui me permet de modifier les réglages sans même toucher à la caméra. Le live view sur l’ordinateur devient alors un outil incontournable pour installer l’éclairage et placer les bonnes lumières aux bons endroits afin de maximiser le narratif de l’image.

Nikon Z 6III + Nikon Z 50mm f/1.2 S
1/100e | f/1.3 | ISO 200
Mon matériel d’éclairage est assez varié, mais j’utilise principalement l’équipement d’Aputure pour sa simplicité, sa fiabilité et sa connectivité. Quelques ajustements à partir de mon téléphone pour trouver la bonne teinte, que ce soit avec les lumières MC, les tubes T4c ou les ampoules B7c d’Aputure, et le tour est joué.
J’utilise aussi parfois des flashs, selon les besoins et le mouvement.
4. Le/les personnages
La création des personnages est une partie que j’apprécie énormément. Avec le temps, j’ai réalisé que je suis plutôt une « method actor ». Je rentre complètement dans la peau du personnage que j’incarne, ça peut vraiment transformer l’énergie d’un shoot. Et honnêtement, c’est très le fun.
Ça passe par le maquillage, la coiffure, le costume, mais surtout par l’attitude. Une fois le personnage créé, tout devient plus instinctif.

Nikon Z 8 + Nikon Z 50mm f/1.2 S
1/20e | f/6.3 | ISO 1250
5. La prise de photo
C’est le cœur du projet. Z 8 sur trépied, télécommande Nikon WR-R10 en main, je prends des « selfies ». Tout se joue dans cet instant. Je peux en faire des centaines pour une seule image finale, mais tout repose sur des micro-ajustements. Parfois dans la pose, parfois dans la scène, parfois dans l’éclairage. Et je dois dire que c’est la partie la plus fun du processus.
Le temps presse, mais il y a toujours ce moment précis, après quelques ajustements, où quelque chose se passe. Un déclic. Je me dis :
« Ok. C’est celle-là. Je la publie. »

Nikon Z 6III + Nikon Z 50mm f/1.2 S
1/100e | f/1.3 | ISO 200
Je ferme l’ordinateur. Même s’il reste des imperfections, je sais que c’est la bonne.
6. La retouche
La retouche sert seulement à enlever ce qui attire le regard, jamais à corriger ce que l’image veut dire. J’aime un rendu propre qui soutient le narratif, mais je sais que trop de retouches, comme pas assez, finit toujours par nuire. Il faut savoir s’arrêter.
7. La publication
La publication quotidienne crée un rituel avec le public, avec le behind the scenes, faisant du projet une sorte de performance web nouveau genre. Un chaos sans filtre! :)
Ensuite, je répète. 27 fois.

Nikon Z8 + Nikon Z 35mm f/1.2 S
1/20e | f/6.3 | ISO 1250
Avec le temps, j’ai réalisé qu’une image est assez bonne quand elle est honnête, pas nécessairement parfaite. Quand elle reflète exactement l’état dans lequel je me trouvais quand je l’ai créée. Cette discipline que j’ai développée me permet de produire des images fortes chaque jour du mois de février. C’est olympien, exigeant, parfois épuisant, mais l’impact du projet grandit d’année en année. C’est l’évolution, noir sur blanc, de ma vie depuis maintenant treize ans. L’imperfection trouve naturellement sa place dans le processus, et au fond, c’est exactement ça qui me rend humaine.
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Véronique Duplain En tant que perfectionniste, lâcher prise et accepter qu’une photo soit good enough pour être publiée sur les réseaux sociaux n’est jamais vraiment évident. L’avantage que j’ai avec le #SelfieProject, mon projet d’autoportrait où je prends une photo par jour pendant tout le mois de février, c’est qu’il impose un cadre : il n’y a que 24 heures dans une journée.
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