La macrophotographie expliquée en huit questions
La macrophotographie n'est pas chose complexe, mais quelques points méritent d’être éclaircis afin d'y prendre plaisir. Ne serait-ce que faire le tour du matériel qui permet de faire de la macrophotographie, le rapprochement que permet un objectif dédié à la tâche, la profondeur de champ (qui est pratiquement inexistante !) et la mise au point (qui ne peut être réalisée que manuellement). On se lance?

Jean-François Landry
Fujifilm X-T2 + Fujinon XF 60mm f/2.4 R Macro
1/30s | f/3.6 | ISO 200
Quel est le matériel nécessaire pour faire de la macrophotographie?
En fait, il existe quatre façons de faire de la macrophotographie. Un : on peut utiliser des bonnettes d'approche, qui sont des filtres qui s'empilent sur le devant de n'importe quel objectif et permettent une mise au point rapprochée. Mais ils ont un inconvénient : la qualité de l'image finale n'est pas très bonne. Deux : il y a aussi les « bagues-allonge », qui s'intercalent entre le boîtier et l'objectif. Ici, pas de perte de qualité; mais la perte de lumière est majeure. Trois : on peut aussi se procurer une « bague d'inversion » qui permet de monter l'objectif « à l'envers » sur le boîtier. Mais ça n'a rien d'idéal : le contrôle du diaphragme devient inaccessible. Ces trois méthodes ne sont que des « pis-aller ». Si on veut faire de la macrophotographie sérieusement, rien ne vaut un objectif macro dédié à la tâche.

Qu'est-ce que le ratio 1:1?
Lorsqu'un objectif conçu pour la macrophotographie est réglé à son maximum de rapprochement, l'image formée sur le capteur d'image a la même taille que le sujet. Si vous possédez, par exemple, un appareil possédant un capteur d'image plein format (sa surface est donc de 24 x 36mm), au ratio 1:1, le sujet que vous cadrez aura aussi cette taille : 24 x 36mm. L'image du sujet formée sur le capteur a donc sa « taille réelle ». Si l'on immortalise une coccinelle qui mesure un centimètre, l'image de celle-ci projetée sur le capteur fera elle aussi un centimètre.
Est-ce que tous les objectifs dédiés à la macrophotographie offrent le rapport 1:1?
Malheureusement pas. Quelques objectifs sont limités au ratio 1:2, ça veut dire qu'il faudrait agrandir l'image créée deux fois pour obtenir celle d'un objectif 1:1. Par contre, une image prise au ratio 1:2 est tout autant considérée comme de la macrophotographie. À 1:3 et 1:4, on parle plutôt de « proxiphotographie ». Au-delà, c'est simplement un « gros plan ».

Des objectifs macro de 50mm, 105mm et 180mm, réglés au ratio 1:1 produiront donc la même image?
Oui, mais pas à la même distance. Un objectif macro de 50mm, réglé au ratio 1:1, devra être placé à 20cm de distance du sujet pour que la mise au point soit correcte (cette distance est calculée à partir de l'endroit où est situé le capteur dans le boîtier au sujet). Pour faire la même image, un objectif de 105mm sera installé à 30cm, ce qui est très pratique : l'insecte demeurera probablement en place, et on risque moins de faire de l'ombre si la lumière vient de derrière soi. Avec un objectif de 180mm, l'image se fera à 50cm de distance ; cela semble idéal, mais l'objectif devient gros, lourd et dispendieux. Les longueurs focales les plus recommandées en macrophotographie tournent autour de 90mm, 100mm et 105mm.
Pourquoi est-ce qu'en macrophotographie, la profondeur de champ est pratiquement inexistante?
En fait, ça fait partie des lois immuables de la physique optique : plus la focalisation (lire : « mise au point ») est effectuée à proximité du capteur, plus la profondeur de champ diminue; et on n'y peut pas grand-chose. Au rapport 1:1, lorsque le diaphragme est ouvert au maximum (f/2,8), l'épaisseur de la profondeur de champ est d'à peine 0,7 mm. Lorsque l'on ferme l'ouverture du diaphragme à f/32, elle passe de 0,7mm à 8mm, ce qui n'est pas un gros gain face à la perte de lumière occasionnée (soit 256 fois moins de luminosité!) Il faut apprendre à accepter sa quasi-absence de profondeur de champ.
Si la grande majorité des objectifs « macro » de 105mm peuvent atteindre le ratio 1:1 et qu'ils créent donc la même image, pourquoi est-ce qu'on trouve des objectifs macro à 250$, 800$ et 1 600$?
Pour la même raison qu'il y a des automobiles à 8 000$, 20 000$ et 80 000$; la qualité de la construction, les fonctionnalités, mais surtout : la qualité de l'optique. On parle ici de la précision des détails, de la définition des textures, de leur uniformité à la grandeur du champ (du centre au bord de l'image), de la justesse des couleurs de l'image et du contraste global. Cela dépend du type de verre, du traitement multicouche appliqué, de la formule optique utilisée, etc. La qualité d'une optique (et son prix) est directement liée à l'ensemble de ces éléments.
J'ai essayé un objectif macro dernièrement, et j'ai rencontré un méchant problème : la mise au point automatique patine, sans jamais s’arrêter! Impossible de prendre une image!
On se rappelle que plus la focalisation est proche du capteur, moins il y a de profondeur de champ. Au moment de la prise de vue, le diaphragme est complètement ouvert (f/2,8); la profondeur de champ est donc pratiquement inexistante : 0,7mm. L'appareil tente d'effectuer la mise au point avec une très mince profondeur de champ (c'est un peu comme de travailler à tâton dans le noir), sur un sujet tout en volume, qui parfois bouge (une fleur avec un peu de vent), alors que le photographe, appareil en main, et plutôt instable. C'est pratiquement voué à l'échec. C'est pourquoi on effectue toujours la mise au point manuellement en photomacrographie – mais pas de la façon que vous croyez!
On commence par mettre la mise au point en manuel sur l'objectif (« MF » ou « M »). Puis, avec la bague de mise au point, on règle le ratio que l'on veut utiliser (par exemple : « 1:1 »). On sait (depuis tout à l'heure) que, si l'objectif est réglé à 1:1, il faut que l'appareil soit situé à 30cm du sujet. Alors, l'œil au viseur, on s'approche de ce que l'on cherche à photographier, et lorsque c'est précis (que l'on est donc à la bonne distance), on enfonce le déclencheur. C'est tout! On appelle ça une « mise au point corporelle », c'est-à-dire effectuée par le déplacement du corps.
Cette « mise au point corporelle » est plutôt difficile à réaliser lorsque l'on est sur un trépied!
Effectivement. C'est pourquoi il existe un accessoire génial qui permet de réaliser le même mouvement « avant-arrière » lorsque l'appareil est déposé sur un trépied : cela s'appelle un « rail de mise au point macro ».

La macrophotographie permet de voir une quantité de détails pratiquement impossibles à discerner l’œil nu. C’est pourquoi ces images sont si impressionnantes! Une fois le côté technique maîtrisé – compréhension des ratios, optimisation des réglages, contrôle de la profondeur de champ et utilisation de la mise au point corporelle – il ne reste qu’à créer. La liberté est acquise.
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Jean-Francois Landry Jean-François Landry est un photographe polyvalent qui se passionne tout particulièrement pour la macrophotographie urbaine. Il travaille chez Gosselin Photo Vidéo à Québec à titre de formateur et conseiller depuis plus de vingt ans, où des centaines de passionnés ont bénéficié de ses conseils, ainsi que de ses talents de vulgarisateur. |
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