En janvier dernier, le vent a tourné. Après plus de 10 ans en tant que salarié dans l’univers du marketing, j’ai enfin eu le courage de passer à l’action et de concrétiser mon rêve de faire de la photographie / vidéographie mon métier.
Cette transition n’a pas été parfaite ni linéaire. Mais elle a été réfléchie sur plusieurs années. Voici mes cinq apprentissages clés pour vous guider dans votre transition de salarié à travailleur autonome.

Images tirées d'une vidéo réalisée par Untold Storytelling
1. Préparer le terrain
J’ai commencé la photographie à l’adolescence. Ce passe-temps m’a suivi, de près ou de loin, jusqu’à ce que la pandémie se pointe le nez. J’ai alors reconnecté avec cette forme d’art d’une façon beaucoup plus profonde : la photo a pris une place centrale dans ma vie. C’était mon moyen de m’évader et tisser des liens avec d’autres passionnés en ligne.
En 2021, l’idée de rentabiliser cette passion a commencé à germer. J’ai travaillé sur ma présence en ligne et j’ai lu tout ce que je pouvais pour continuer d’approfondir mes connaissances. J’ai littéralement passé les dernières années le nez plongé dans les livres à me former et à étudier mes photographes préférés. Dès que j’avais un moment libre, je travaillais sur mon projet.

Tout cela m’a permis d’établir les fondations de mon offre et de mon style avant de me lancer. J’ai pris des mandats la fin de semaine et hors des heures de travail.
Explorer différents types de projets, faire face à des demandes floues, des délais serrés, etc., permet non seulement d’accumuler de l’expérience, mais aussi de valider son appétit pour la réalité du métier. Autant connaître toutes les facettes avant de plonger.
Ah oui, un dernier petit détail bien important : se bâtir un fond d’économies pour l’achat de matériel ou les périodes plus creuses avant de tout quitter est une sage décision !

Nikon d90
Une des toutes premières photos que j’ai prises avec un DSLR, en 2012. Encore aujourd’hui, c’est la première image qui s’affiche chaque fois que j’ouvre mon catalogue Lightroom. Elle me rappelle l’envers du décor, et qu’il y a toujours deux côtés à tout.
2. Traiter sa passion comme une entreprise
La photo, ce n’est pas que de la création. C’est de l’entrepreneuriat. Je crois que pour vivre de cette pratique, il faut traiter la photo comme une petite entreprise. Cela inclut la facturation, la rédaction de devis, la gestion du temps, les suivis, les livrables, les impôts, le démarchage, le marketing, etc.
Fonder les bases administratives fait sauver énormément de temps. Bâtir ses modèles de documents, suivre les entrées et sorties d’argent, définir ses tarifs, créer un site web optimisé, gérer ses réseaux sociaux… toutes des habitudes à prendre rapidement et qui font la différence sur le long terme. De mon côté, quand je me suis lancée, tout cet écosystème était déjà en place, ce qui m’a fait sauver beaucoup de temps !
Voici quelques applications que j’utilise à chaque jour :
- Gestion des tâches, rappels: Asana
- Notes, briefs client: Milanote
- Site-web: Squarespace
- Modèles de documents (factures, soumission, etc): Canva
- Musique libre de droits: Artlist.io
- Gestion des entrées et sorties d’argent: Quickbooks
Aussi, ne pas hésiter à suivre des formations ou à se faire accompagner si nécessaire : un bon comptable ou fiscaliste peut nous faire gagner beaucoup de temps et d’argent !

Description: La page d’accueil de mon site web, réalisée sur Squarespace
3. Tisser des liens dans le milieu
Tisser des liens dans le milieu est impératif, selon moi. Que ce soit avec d’autres photographes / vidéastes ou avec des métiers connexes (son, réalisation, direction artistique, etc.), vous croiserez forcément leur chemin tôt ou tard. Ces rencontres peuvent se transformer en collaborations… ou même en mandats. On ne sait jamais où une connexion peut mener !
Il y a plusieurs façons d’aller à la rencontre des autres. Instagram est un super point de départ : j’y ai échangé avec des photographes et des vidéastes qui m’inspirent depuis des années, et plusieurs de ces discussions se sont transformées en rencontres autour d’un café. Ça permet de parler de sujets tabous (par exemple les prix !), d’équipement, de se partager des recommandations, etc.
Mais le réseautage ne se limite pas aux écrans. Assister à des workshops organisés par les marques (Fujifilm, Sony, Canon, etc.) permet de tester du matériel, d'assister à des formations d’autres photographes et de faire connaissance avec d’autres passionnés. Gosselin organise aussi des sorties photo. Toutes sont de bonnes occasions pour progresser et aller à la rencontre de l’autre.

Crédit photo : Ali Noor

Crédit photo : Keegan Gingrich
Description : en novembre 2024, j’ai eu la chance de présenter pour Fujifilm à la conférence Profusion, à Toronto. Un moment clé qui m’a poussée à faire le grand saut, pour de bon.
4. Ne pas avoir peur de démarcher
Ah, la puissance des contacts ! Je crois que c’est l’un des points clés qui me marque le plus au cours de cette année de transition. Bâtir son bassin de clients ne se fait pas du jour au lendemain. C’est pour cette raison que j’ai commencé bien avant de faire le saut à temps plein :
- J’ai commencé par faire une liste d’entreprises avec qui je voulais travailler dans différents domaines. J’ai travaillé sur mon portfolio : j’ai fait le tri de mes images, choisi les meilleures selon les différentes niches, et j’ai mis à jour mon site web. J’ai ensuite commencé à les contacter, une par une, soit via leur site web ou les médias sociaux. C’est un long processus, mais ça porte fruit !
- En deuxième temps, juste avant de vraiment me lancer, j’ai épluché mon réseau de contacts : anciens collègues, amis, contacts du milieu créatif… tous ont reçu mon portfolio.
Honnêtement, je réalise que beaucoup de contrats arrivent par le bouche-à-oreille. Quelqu’un parle de toi à un collègue, un client satisfait te réfère, une rencontre anodine devient une opportunité. D’où l’importance d’être toujours prêt : j’ai toujours des cartes d’affaires sur moi. Parce qu’on ne sait jamais qui on va croiser et où ça peut mener.
Le démarchage, ce n’est pas juste envoyer des courriels. C’est rester à l’affût et saisir les occasions même les plus inattendues. Qui n’essaie rien n’a rien. Une phrase que je me répète constamment !

Fujifilm X-T5 + XF 16-55mm f/2.8 R LM WR II
1/125 | f/6.4 | ISO 400


Fujifilm X-H2S + XF 50-140mm f/2.8 R LM OIS WR
1/200 | f/10 | ISO 640
Description : Banque d’images pour Patagonia Camp, lors de notre séjour au Chili. Avant le départ, j’avais pris la chance de les contacter et de leur proposer mes services. Ils ont accepté !
5. Accepter que ce ne sera pas linéaire
Il n’y aura jamais de moment où tout sera parfaitement aligné. Le parcours est fait de cycles, de remises en question, de périodes calmes suivies de moments intenses. J’apprends peu à peu à apprécier cette réalité, bien loin de celle du salarié !
La vision de départ, aussi claire soit-elle, changera probablement en cours de route. Je l’ai vécu. Je croyais me lancer uniquement en photo… et finalement, c’est la vidéo qui occupe une grande partie de mon travail aujourd’hui. Et même pour la photo, je me suis tournée vers des niches que je n’avais pas imaginées au départ ! J’avais majoritairement fait du paysage et de l’animalier, mais je réalise que j’aime vraiment la photographie d’espaces intérieurs et la photo lifestyle pour les marques. Ne pas se fermer de portes et se permettre d’explorer, c’est important. Il ne faut pas avoir peur de s’adapter, encore et encore. Une carrière créative, c’est en mouvement. Et c’est justement ce qui fait toute sa beauté.

Canon EOS 5D Mark IV + EF 24-70mm f/2.8 II USM
1/160 | f/4.5 | ISO 200
Conclusion
Faire le saut de salarié à photographe à temps plein est un processus qui peut se faire rapidement, ou sur plusieurs années. De mon côté, ça m’aura pris 4 ans. Ce n’est pas pour vous décourager : je suis une personne très cartésienne, organisée et qui n’apprécie pas le changement. D’autres se lanceront à pieds joints dans le vide. C’est différent pour chacun !
Mais, je pense que pour la majorité des gens, transitionner, ce n’est pas une ligne droite. C’est un projet qui demande autant de rigueur que d’audace, autant d’organisation que d’intuition.
Pour celles et ceux qui ressentent cet appel — ce besoin de créer — je vous en prie, écoutez-vous !
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Maggie Parisé Maggie Parisé est une photographe et DOP basée à Montréal avec une affection particulière pour les projets axés sur la nature et l'humain. Ses images ont été publiées dans plusieurs magazines tels que Canadian Geographic et BESIDE. |
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