Créer de la magie, l'espace d'un moment: 10 ans d'aventures en tant quephotographe sportif et événementiel
À la fin de 2023, ça fera 10 ans que je gravite autour de la photographie sportive et événementielle. Voici donc, ce que j’ai appris durant ces années entremêlées de moments marquants et de clichés qui, au fil du temps, m’ont laissé leur marque !
La genèse
Fin 2013, j’étais responsable du département créatif d’un nouveau magazine de course à obstacles, et fus attitré à la couverture des événements sportifs de nos partenaires. À l’époque, je n’aurais jamais imaginé à quel point cela allait transformer ma vie.

Nikon D3 + Nikkor 14-24mm f/2.8G ED 1/1600e | f/2.8 | ISO 400, à 14mm
Me voici à la Spartan Race Owls Head 2017, l'unique événement où j'apparais devant mon objectif.

Nikon D3100 + Nikkor 85mm f/1.4G 1/6400e | f/1.4 | ISO 560
Mon aventure sur le terrain débuta par cette photo prise au printemps 2014 à la Spartan Race du Mont-Tremblant.
Jusqu’en 2017, je ne photographiais que des événements de course à pied – que ce soit sur route, en sentier ou en course à obstacles. Au total, j’ai dû en couvrir plus d’une centaine. C’est au cours de ces premières années que j’ai appris les bases. Non pas uniquement le côté sportif, mais aussi l’écosystème gravitant autour.
Si je devais donner un conseil fondamental à ceux qui débutent, ce serait de devenir un expert dans un type d'événement avant d'en explorer d'autres. De plus, ayant eu l’opportunité de diriger plusieurs équipes de photographes, je peux affirmer qu'il est essentiel de maîtriser les bases pour pouvoir progresser.

Nikon D3 + Nikkor 70-200mm f/2.8 FL ED VR 1/1600e | f/2.8 | ISO 200
La course à obstacles est assurément le sport le plus intéressant que j’ai eu la chance de découvrir. Ici, un participant de la Prison Break du Mont Radar 2021, sortant d’un immense bassin d’eau situé au pied d’une glissade.

Nikon D500 + Nikkor 70-200mm f/2.8 FL ED VR 1/1600e | f/2.8 | ISO 100, à 200mm
À ce jour c’est ma photo préférée en course à pied : deux amies filant devant le peloton de tête au kilomètre numéro 2 du Demi-marathon des vignobles 2018.

Nikon D610 + Nikkor 70-300mm f/4.5-5.6G IF-ED 1/1250e | f/4.5 | ISO 400, à 110mm
Le plus satisfaisant, dans notre métier, c’est de réaliser la chance qu’on a d’être témoin de moments uniques, et d’en retrouver toute la force de l’émotion sur la prise enregistrée sur notre carte mémoire.

Mon premier événement de nuit, le Zombie Apocalypse 2016

Nikon D4 + Nikkor 14-24mm f/2.8G ED 1/800e | f/3.5 | ISO 800, à 24mm
Le côté hyper compétitif des athlètes des Spartan Race les placent dans une classe à part! Ici les participants crient : « Spartan, Spartan, Spartan » sur la ligne de départ. Cette photographie fut mon premier grand succès sur Instagram, se retrouvant d’ailleurs à la tête du #running pendant plus d'une journée!

Nikon D610 + Nikkor 70-200mm f/2.8 FL ED VR 1600e | f/2.8 | ISO 100, à 185mm
La course à obstacles est l’un des seuls sports ou le participant peut prendre quelques secondes pour interagir avec la Caméra.
2017, l’envol
Ma première accréditation pour un événement international fut lors des épreuves de Snowboard du Jamboree 2017, organisé par l’équipe de Gestev à Québec. Depuis, j’ai fait partie de l’équipe dans la plupart de leurs événements.
À ce jour, j’ai couvert une dizaine d'événements internationaux dont quelques coupes du monde de vélo de montagne, le festival électronique Tomorrowland et – plus récemment – les championnats du monde XTerra en Italie.

Nikon D4 + Nikkor 14-24mm f/2.8G ED 1/250e | f/2.8 | ISO 1600, à 23mm
La fébrilité que je ressentais à mes premiers événements internationaux! La veille, je ne dormais pas de la nuit. (Jamboree 2018, Ville de Québec)

Nikon D810 + Nikkor 16mm f/2.8D 1/100e | f/2.8 | ISO 110
Tomorrowland 2019, le premier d’une série d'événements en sol européen. Puis, début 2020, la Covid-19 frappa et mit un terme définitif à l’aventure.

Nikon D4 + Nikkor 200-500mm f/5.6E ED VR 1/1600e | f/5.6 | ISO 220, à 440mm
À 100m de l'arrivée, la skieuse Stina Nilsson regarde derrière son épaule et réalise qu'elle gagne la coupe du monde 2019. Je suis seul devant elle. Elle me regarde et lève fièrement son bâton.
Comment ai-je réussi à progresser techniquement comme photographe sportif?
Il ne faut jamais perdre de vue qu’une belle photo de sport ne cadre pas nécessairement dans les standards de la photographie. L’angle, l’action et le positionnement de l’athlète devraient toujours primer sur l'esthétisme.

Nikon D3 + Nikkor 14-24mm f/2.8G ED 1/3200e | f/6.3 | ISO 200, à 14mm
La seule photo de cet article jamais publiée. À l’époque, je me rappelle qu'esthétiquement, tout devait être un peu trop parfait.
En sport, lorsque tu te rends compte que tes photos sont moches, tu commences à progresser. Avec le temps, des photos que je trouvais géniales à l’époque me semblent à présent assez fades. Chaque discipline à ses « peek » d’action bien à elle; si vous sortez de ses normes bien définies, les chances d’obtenir de vraies belles photos sont plutôt minces.
Encore aujourd’hui je présente mes clichés aux athlètes pour savoir ce qu’ils en pensent et, surtout, pour apprendre comment améliorer mes compositions.

Nikon D5 + Nikkor 70-200mm f/2.8 FL ED VR 1/1000e | f/2.8 | ISO 3200, à 105mm
Avec le temps, on s’identifie à l'équipe qu’on couvre, dans la victoire comme dans la défaite. Ici, le Rouge et Or basketball remportait le championnat RSEQ 2020.
Le matériel dans tout ça?
Depuis 2016, j'ai intégré une deuxième caméra à mon arsenal. Elle me permet d’avoir à portée de main un objectif grand-angle : un « must » en événementiel. J'ai eu l'opportunité de tester divers boîtiers Nikon, notamment les modèles D3100, D3, D4, D5, D500, D610, D810, D850, Z 7, ainsi que mes deux inséparables Nikon Z 9.
J'ai rapidement conclu que la série Z de Nikon offre à tous les égards une performance nettement supérieure à celle des reflex numériques (DSLR). En utilisant l'adaptateur FTZ, on peut faciliter la transition avec nos anciens objectifs qui, dans l’ensemble, s'adaptent très bien à cette nouvelle technologie.
Dans mon cas, les deux plus grandes évolutions ont été le passage du Nikon D610 au D3 et – plus récemment – des Nikon D5 et D850 au Z 9, qui est de loin le meilleur boîtier que j’ai eu entre les mains!
Nous ne sommes pas récompensés à l’effort, mais aux résultats
Une chose est certaine, lorsque l’on couvre un événement : tout peut arriver, et rien ne se déroule comme on l’avait imaginé. Que ce soit l’échec d’un participant, le choix d’un emplacement qui s’avère peu intéressant, ou encore une météo exécrable! Il nous faut anticiper, car à la fin de l’histoire, les excuses ne compteront pas. Vous DEVEZ livrer de bonnes photos.

Nikon Z 9 + Nikkor 20mm f/1.8G ED 1/800e | f/1.8 | ISO 64
Lorsque tout part en vrille, il faut oser! Pour ce cliché, il y avait tellement de spectateurs au départ du Championnat du monde XTerra que c’était impossible d’approcher la ligne de départ. J’improvisai quelques clichés de côté, les pieds dans l’eau!

Nikon D4 + Nikkor 200-500mm f/5.6E ED VR 1/1600e | f/5.6 | ISO 800, à 400mm
Les déplacements se déroulent rarement tel que prévu. Lors de l'épreuve de descente au Vélirium 2019, il y avait tellement de spectateurs que j'ai renoncé à me rendre à l'arrivée. Cependant, équipé d’un objectif 200-500mm, j’ai tout de même pu obtenir une perspective intéressante.
Les qualités requises d’un bon photographe événementiel
Vous me trouverez peut-être prévisible, mais LA qualité la plus importante à travailler la capacité d’observation, et la maintenir pour rester à l'affût de tout moment susceptible d’être intéressants à capter. Un enfant courant dans les bras de sa mère, par exemple, ne durera que quelques secondes. Être réactif, rapide et toujours prêt est un réel atout.

Nikon D810 + Nikkor 70-200mm f/2.8 FL ED VR 1/2500e | f/2.8 | ISO 125, à 200mm
Fier, un couple, à la ligne d’arrivée de la Northman Race de Québec en 2019. Ce moment n’a duré qu’une seconde, mais demeure à ce jour le plus beau baisé que j’ai capté.

Nikon D610 + Nikkor 14-24mm f/2.8D ED 1/1600e | f/8 | ISO 1800, à 14mm
Les « photo booth » sont une source inépuisable de moments épiques. En tant que photographe, ils sont indéniablement mes assignations préférées.

Nikon D850 + Nikkor 20mm f/1.8G ED 1/2500e | f/1.8 | ISO 72
Le défi des escaliers de Québec, résumé en une seule image. Sur ce cliché, le sens du « timing » est primordial ; un pas de plus et cette photo aurait été ratée.
Bien entendu, vous aurez besoin d’énormément d'entregent. Un moment rempli de joie ou toute autre émotion vous obligera à interagir directement avec les participants pour capter la scène.
Le plus important, le plus subtil, le plus difficile à expliquer et ce qui – selon moi – ne s'apprend pas vraiment, c’est la capacité d’émerveillement.

Nikon D810 + Nikkor 20mm f/1.8G ED 1/1600e | f/4.5 | ISO 360
La fierté d’une mère et de sa fille, ayant toutes deux complété les épreuves du Xterra Québec 2019.

Nikon Z 9 + Nikkor 85mm f/1.4G 1/6400e | f/1.4 | ISO 560
Certains trouveront peut-être cela un peu cliché, mais pour moi il n'y a rien de plus magnifique que d'assister à un instant de pur bonheur. Je pense que cette image vaut milles mots.

Ma fascination pour les « selfies » ne date pas d’hier. Déjà en mai 2015, je capte cette photo. Depuis, il ne se passe pas un événement sans que j’en capture un. D'ailleurs, je me suis toujours demandé si j’avais été le tout premier à photographier ces moments.
La beauté de l'imperfection
Il est légitime que notre travail soit évalué de la même façon que les autres sphères de la photographie. Cependant, par définition, elle ne peut qu’être imparfaite, tel un croquis qui saisit l'instant, le mouvement ou l'émotion. Dans l'événementiel, on ne reprend pas les poses, on vit avec.

Nikon D810 + Nikkor 85mm f/1.4G 1/8000e | f/1.4 | ISO 180
Cette image illustre parfaitement ce qu’est une photo captée sur le vif. Est-elle parfaite? Non, loin de là. Et pourtant! (Tomorrowland, 2019, Belgique)

Nikon D5 + AF-S Nikkor 14-24mm f/2.8G ED 1/1600e | f/4.5 | ISO 200, à 14mm
Ça prend aussi de la chance! Sur cette photographie, une des bénévoles en me voyant s'exclame : « Allez les filles, on saute! ». (CandyCourse 5K, 2021, Village Québécois d'Antan)
Les 12 leçons que j’ai apprises au fil des années
- La qualité de l’équipement fait la différence.
- Dans les sports, c’est la vitesse avant les ISO.
- À chaque fois, je pense innocemment que mon prochain objectif sera enfin mon dernier.
- Même après dix ans d’expérience, les premières 30 minutes d’un événement sont toujours très déstabilisantes.
- En sport, plus le calibre des athlètes est élevé, plus il est facile de travailler.
- Les prises qui nous excitent le plus, sur le terrain, sont rarement à la hauteur de nos attentes.
- Choisir LA bonne photo d’une série est l’étape qui fait la différence entre un bon et un excellent photographe.
- Il faut garder en tête que les photographies destinées à être publiées sur les réseaux sociaux sont vues en majorité sur de petits téléphones portables.
- On doit éviter à tout prix d’intégrer à son portfolio des photos captées dans un sport peu familier.
- Tu peux prendre plusieurs beaux clichés d’un événement sportif, mais si tu rates le ou la gagnant.e, la journée est un échec.
- On peut faire carrière en photographie sans jamais avoir utilisé d’objectif 24-70mm.
- Pour se démarquer, il faut être créatif et se laisser le temps d’apprendre, un cliché à la fois.
En terminant, je vous laisse sur une phrase magique de l’illustre Bernard Brault, photographe à la presse, qu’il nous avait lancée lors d’un événement :
– D’après vous, combien de photographes sont requis pour prendre une bonne photo?
– Neuf au total… Un photographe pour la prendre, et huit autres qui pensent qu’ils en prendraient une meilleure que lui.
Nous avons tous bien ri!
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LOUIS CHARLAND Photographe événementiel et sportif, grand passionné de l'esthétisme du mouvement, de l’émotion dans le sport et par les gens qui les pratiquent. |




