Depuis quelques années déjà, nous sommes témoins d’une véritable renaissance de la photographie argentique. Les photographes, autant amateurs qu'avancés, sont à la recherche du sentiment de nostalgie indescriptible qu’offrait la pellicule argentique avant l’arrivée du numérique. Alors que Kodak et Fujifilm retrouvent leur prestance et leur popularité d’antan, de nouvelles compagnies émergent et se joignent à la compétition. Des laboratoires expérimentaux tels que Cinestill, Flic Film et Lomography se démarquent du lot et gagnent leur place sur la tablette aux côtés du célèbre Portra 400. Cet article met en vedette ces pellicules méconnues qui sortent de l’ordinaire !

LomoChrome Purple

Lomography est probablement la compagnie qui se démarque le plus au niveau des couleurs. Certaines pellicules créent des images qui donnent l’impression d’avoir été carrément prises sur une autre planète ! C’est le cas du LomoChrome Purple, un film qui altère drastiquement les teintes : tout ce qui est vert se transforme en violet et le ciel bleu prend un tournant turquoise. C’est particulièrement impressionnant lorsqu’il est utilisé dans des contextes de paysages, grâce aux arbres et aux plantes qui deviennent tout d’un coup méconnaissables. Je trouve que les images créées avec cette pellicule émanent une certaine tranquillité et viennent apporter une perspective différente et un intérêt particulier face aux paysages verts qui deviennent parfois redondants à photographier. La pellicule est tellement versatile et expérimentale qu’elle permet d’être photographiée à ISO 100, 200 ou 400 ! Peu importe la sensibilité choisie par l’utilisateur, les résultats seront adéquats au développement, pourvu de ne pas changer la valeur du paramètre au milieu d’un rouleau. En général, ce sont le contraste et les teintes qui changent légèrement selon l’ISO choisi et c’est au photographe de trouver son style d’image préféré !

Vincent McGraw

Konica Autoreflex T3 + Konica Hexanon 50mm f/1.7

+ LomoChrome Purple (à iso 400)

Vincent McGraw

Konica Autoreflex T3 + Konica Hexanon 50mm f/1.7

+ LomoChrome Purple (à iso 400)

LomoChrome Turquoise

Une autre pellicule populaire de Lomography, qui surprend tout autant que le LomoChrome Purple, n'est nulle autre que le LomoChrome Turquoise. Cette fois-ci, ce que nous voyons comme bleu et orange deviendra tout simplement orange et bleu. Cette magie colorimétrique donne lieu à des scénarios improbables, comme une plage au sable bleu sous un beau ciel orange. Encore une fois, on peut alors créer des scènes sorties tout droit d’un autre univers. Selon mon expérience avec ce film, il est important de ne pas surexposer par erreur le ciel si l’on veut profiter au maximum du changement de couleur. Sinon, le ciel reste blanc. Puisque le vert n’est pas vraiment affecté, j’ai voulu tirer avantage de l’automne et de ses feuilles orange pour obtenir des arbres bleus au développement. Cette pellicule expérimentale de Lomography peut également se régler à ISO 100, 200 ou 400 à la prise de vue.

Vincent McGraw

Konica Autoreflex T4 + Konica Hexanon 57mm f/1.4

+ LomoChrome Turquoise (à iso 200)

Vincent McGraw

Konica Autoreflex T4 + Konica Hexanon 57mm f/1.4

+ LomoChrome Turquoise (à iso 200)

Flic Film Cine-Color 250D

Flic Film se démarque également avec sa pellicule Cine-Color 250D, une pellicule à ISO 250 idéale pour la lumière du jour (D pour Daylight). Il s’agit en fait d’une pellicule de cinéma Vision 3 créée par Kodak, mais rendue accessible par Flic Film. Cette compagnie achète de longues bobines Kodak Vision 3 vendues en vrac et les rembobine sous forme de capsules conventionnelles de 36 poses, rendant ce type de pellicule disponible pour le grand public à un prix abordable. Le rendu des couleurs offre tout simplement des scènes dignes d’un film, et c’est normal puisque cette pellicule a été longtemps utilisée pour des longs métrages par le passé, et même encore aujourd'hui ! La plage dynamique des images est impressionnante et la correspondance des couleurs avec la réalité est au rendez-vous, avec bien sûr l’iconique teinte chaude des films Kodak.

Vincent McGraw

Minolta Hi-Matic AF2 (38mm f/2.8)

+ Cine-Color 250D

Vincent McGraw

Minolta Hi-Matic AF2 (38mm f/2.8)

+ Cine-Color 250D

Vincent McGraw

Minolta Hi-Matic AF2 (38mm f/2.8)

+ Cine-Color 250D

Psychedelic Street 400

Une autre pellicule de Flic Film qui se démarque des films conventionnels est le Psychedelic Street 400. Cette fois-ci, ce sont des couleurs désaturées qui le font sortir du lot. C’est une approche moins extravagante que les autres films mentionnés jusqu’à présent, mais tout aussi originale. Avec moins de couleurs et de saturation, j’ai l’impression qu’on se concentre davantage sur l’essentiel et moins sur des éléments éclatants qui pourraient venir détourner l’attention du sujet et du sentiment véhiculé dans l’image. Je crois que c’est d’ailleurs pourquoi c’est un film qui se proclame comme une pellicule pour la photo de rue, un style d’image dans lequel l’ambiance est principalement créée par les gens qui s’y retrouvent. Le rouleau se photographie à ISO 400, une sensibilité qui permet une plus haute vitesse d’obturation et une plus petite ouverture du diaphragme, deux paramètres très utiles dans la photographie de rue pour obtenir des images bien nettes.

Photographie par Vincent McGraw

Vincent McGraw

Minolta Hi-Matic AF2 (38mm f/2.8)

+ Psychedelic Street 400

Photographie par Vincent McGraw

Vincent McGraw

Minolta Hi-Matic AF2 (38mm f/2.8)

+ Psychedelic Street 400

Cinestill 800T

La dernière compagnie dont les films sortent de l’ordinaire est nulle autre que Cinestill, et sa célèbre pellicule 800T est sans doute la plus iconique. C’est encore une fois une pellicule Kodak Vision 3 remise en bobines, mais cette fois Cinestill a volontairement retiré la couche remjet qui se retrouve sur le ruban, qui lui offre habituellement une protection supplémentaire contre l’électricité statique, les égratignures et les halos de lumière. Ce procédé laisse la place à des halos rougeâtres autour des sources lumineuses présentes dans l’image, qui sont devenus rapidement la marque de commerce de Cinestill! C’est un film qui se spécialise dans la photographie de soir ou de nuit, grâce à son ISO 800 et à sa balance de couleur tungstène (d’où le T dans 800T) pour s’adapter à la lumière artificielle. Selon moi, grâce à la qualité du Kodak Vision 3, le Cinestill 800T crée facilement des ambiances cinématographiques bleutées hors du commun et c’est ce qui me pousse à continuer de l’utiliser pour des séances de photos créatives !

Vincent McGraw

Nikon F80 + AF-S Nikkor 50mm f/1.4G

+ Cinestill 800T

Vincent McGraw

Nikon F80 + AF-S Nikkor 50mm f/1.4G

+ Cinestill 800T

Cinestill 400D

L’autre pellicule populaire de Cinestill est le 400D. Cette fois-ci, la balance des blancs qui est utilisée est la lumière du jour. Le rendu des couleurs n’est donc pas bleuté comme avec le 800T, ce qui le rend plus fidèle à la réalité. On retrouve les mêmes halos rouges dans les hautes lumières, mais ils sont nettement plus subtils lorsqu'il fait jour. Cette pellicule offre une intéressante vibrance et un beau contraste, ce qui la rend parfaite pour toutes les occasions, que ce soit le portrait, le paysage ou la photo de rue. La rétention d’information dans les hautes lumières et les ombres est impressionnante, la rendant encore une fois très versatile. Le D dans 400D veut d’ailleurs dire Dynamic, en référence à cette grande plage dynamique. C’est encore une fois un de mes films coup de cœur à cause de sa facilité à créer des images nostalgiques et cinématographiques.

Vincent McGraw

Konica Autoreflex T3 + Konica Hexanon 50mm f/1.7

+ Cinestill 400D

Vincent McGraw

Konica Autoreflex T3 + Konica Hexanon 50mm f/1.7

+ Cinestill 400D

Bref, toutes ces pellicules, un peu moins connues que le légendaire Portra 400, ont tout autant leur place dans le sac des amateurs de photographie argentique. Bien que celles-ci n’aient pas toujours le rendu de couleurs le plus proche de la réalité, je trouve que c’est une merveilleuse façon de créer des images originales et de se pousser à photographier des sujets différents dans des conditions variées. C’est aussi une belle manière d’honorer le travail des laboratoires expérimentaux, qui œuvrent sans relâche à offrir une panoplie de films spéciaux aux passionnés de pellicule et qui font de la photographie argentique moderne ce qu’elle est !


Vincent McGraw

Vincent McGraw

Vincent McGraw est diplômé en photographie du Cégep du Vieux Montréal et spécialisé en photographie argentique. Passionné par l’expérimentation, il aime tester d’anciennes caméras et explorer les rendus uniques des films aux couleurs vives. Son travail se distingue par des portraits créatifs et une approche cinématographique du quotidien, capturant avec sensibilité la beauté des scènes les plus banales. Toujours équipé de son appareil photo, il reste à l'affût de l’instant parfait.


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