Lorsque j’ai écrit mon dernier article de blogue sur cette plateforme, j’étais à bord de mon vol en direction de l’Asie du Sud-Est. J’allais y rejoindre mon groupe à titre de photographe accompagnateur pour mon atelier photo-voyage au Vietnam après un premier voyage exploratoire dans ce pays. Un projet en collaboration avec mon partenaire Terres d’aventure qui s’est avéré être des plus agréables. J’adore faire ce type d'accompagnement, puisque ça me permet de partager mon expérience « terrain » de photoreportage et surtout, ma passion sans bornes pour la photographie de voyage.


Cette passion est née à l’adolescence. À ce moment, j’ai fait le choix de ne pas me laisser distraire par l’introduction d’autres médiums en cours de route. Bien que j’adore la production vidéo, ma passion pour la photo est si grande que j’ai simplement voulu repousser au maximum les frontières de ce langage visuel. Cet engagement profond envers ce médium me permet plus que jamais d’explorer les différentes sphères de ce métier fabuleux. Photo publicitaire et corporative aux quatre coins du monde, photo d’art, photo reportage et photo de voyage, autant de secteurs d’activités qui me font croître en tant que créateur. Mes années de collaboration avec National Geographic m’ont aussi permis de mettre mon expertise à rude épreuve dans des projets engageants se situant dans les hautes sphères de la profession. Je dis souvent que pour réussir et durer dans ce domaine, il faut être aussi fort en affaires qu’en photo.

Malgré mon amour sans frontières pour la photo professionnelle, j’ai été un disciple de ce que l’on connaît comme le populaire mouvement F.I.R.E. dont l’acronyme signifie : « financial independence, retire early. » Il y a 3 ans, j’ai eu 40 ans et mon disciple F.I.R.E. est arrivé à son aboutissement : « liberté 40 ». J’ai rendu ce que l’on nomme le « travail » comme quelque chose d’optionnel. Comment se traduit cette forme de « retraite moderne » quand l’on adore ce que l’on fait tous azimuts ? Elle réside dans un état d’esprit libérateur. Mais surtout, ça permet de se connecter de nouveau avec ses passions et/ou les projets que j’ai laissés de côté…


En ce qui me concerne, les grands reportages en « slow travel » et conduire des ateliers photo voyage internationaux sont deux activités que je ne cessais de reporter dans le temps, puisque leur rentabilité est subjective. Lorsqu’on est un « entrepreneur », la rentabilité est au cœur de nos priorités quand on évalue des projets. Aujourd’hui, la définition du mot « rentabilité » peut devenir beaucoup plus souple et est remplie de douces subtilités… Comme beaucoup de destinations, le Vietnam était sur ma longue liste de sujets à explorer en « slow travel » que je reportais sans cesse puisque j’avais toujours un projet commercial plus pressant. Il y a deux ans, lors d’une banale soirée de semaine, ma conjointe et moi avons décidé spontanément de nous réserver des vols pour Hanoï. Départ prévu un mois et demi plus tard, nous avons aussitôt plongé dans la préparation de ce séjour d’une durée d’au moins 8 semaines. De quoi avoir amplement le temps de s’imprégner de la culture de cette destination, de s’y faire des contacts stratégiques et surtout, d’y faire un bon repérage pour mes futurs ateliers photo-voyage.


L’un de mes grands casse-tête, faire le choix de ce que j’allais apporter… Tout devait entrer dans un petit sac à dos de 18 litres, que je garde à ma poitrine, ainsi qu’un sac à dos de 38 litres afin de les emmener en cabine sur nos vols principaux et éventuellement, sur des vols locaux à destination. Tout photographe de voyage sait que c’est difficile de tout apporter avec soi… Certains pays voient d’un mauvais œil une personne qui arrive avec beaucoup d’artillerie photographique. Ça peut même devenir problématique. Et par-dessus tout, il y a le risque de vol. On ne veut surtout pas devenir une cible trop voyante…

Des cartes mémoires à profusion, un MacBook Air et un bloc d’alimentation externe complétaient mon équipement photo. Seulement quelques ensembles de vêtements par manque d’espace. Un bon poncho, une « lifestraw » pour la purification de l’eau en cas d’urgence et les médicaments d’usage. Afin d’économiser un peu d’espace, j’ai décidé de laisser mon trépied à la maison. Même mon plus petit en fibre de carbone. Avec la stabilisation d’aujourd’hui, il est possible de faire des miracles !


Durant ce séjour de 8 semaines, certaines photographies se sont démarquées des milliers que j’ai captées. Parfois, il s’agit de paysages, de rencontres humaines fortuites ou de photos de rue au gré de l’énergie du moment. Voici mes sept moments préférés de ce séjour au pays du dragon.

Baie Halong Terrestre

Après un séjour très cacophonique, quitter Hanoï s’avère un réel soulagement. Notre chauffeur vient nous récupérer à l’hôtel et nous mettons le cap sur une région surprenante, la baie d’Halong terrestre, à environ deux heures de route au sud. À l’image de la baie d’Halong maritime, où nous irons plus tard, celle-ci se caractérise par les mêmes pitons karstiques calcaires qui s’érigent non pas au milieu de l’océan, mais dans de nombreuses rizières. Une des façons très prisées pour les découvrir demeure la traditionnelle barque longeant les parcours sinueux des petites rivières du secteur. Peu de temps après mon arrivée, je suis entré en relation avec un guide du nom de Bôn, qui signifie « obligations ». À bord d’une vieille Jeep américaine de l’Air Force datant de la guerre du Vietnam, on se rend au départ du sentier qui nous conduira dans la jungle. Après trente minutes à ses côtés, nous avons goûté, senti, touché la plupart des plantes le long du sentier. Avec sa tenue kaki, il ne faut pas trop « traîner de la patte », puisqu’il sera facile de le perdre de vue dans cette végétation dense et monochrome. De plus, c’est un véritable ricaneur. Je lui demande s’il accepte que je fasse son portrait. Sans tarder, il me donne son accord dans un éclat de rire…

Baie Halong maritime

Après un séjour dans la baie d’Halong terrestre, je pars en direction de la baie de Bai Tu Long. Alors que plus de 500 bateaux, hôtels et croisières se retrouvent dans la célèbre baie d’Halong, celle de Bay Tu Long n'abrite qu’une vingtaine de bateaux. Ces derniers s’y aventurent pour y passer la nuit entre 600 îles et îlots karstiques calcaires, car l’endroit est beaucoup plus calme. Ainsi, j’opte pour une nuitée sur le Dragon’s Pearl, un bateau-hôtel de type jonque chinoise de moins de 10 cabines. Le temps est à la pluie quand on quitte le port. C’est un peu décevant, mais difficile à prévoir lorsqu’on réserve. Néanmoins, je demeure optimiste. Coco, notre guide, nous propose le programme sur un ton militaire, mais chaleureux, le tout ponctué de petites blagues et de quelques rires. Exploration d’une grotte, kayak de mer et repas copieux le composent. Sinon, pour moi, le moment fort demeure le coucher de soleil sur la baie. Contre toute attente, le soleil s’est joint à nous dans une myriade de couleurs chaudes. Satisfait de ma photo, je demeure sur le pont jusqu’à la tombée de la nuit. Je profite d’un moment magique de navigation entre les silhouettes massives des îles, le tout sous la lueur d’une lune presque pleine !

Ile de Cat Ba

Mathieu Dupuis

DJI Mini 3 Pro
1/500 | f/1.7 | ISO 100

Par une journée chaude et suffocante, juste avant le coucher du soleil, ma conjointe et moi décidons d’entreprendre la randonnée qui mène au sommet du Navy Peak. Au départ du village rustique de Viet Hai, nous démarrons l’ascension à 15 h, en croyant effectuer une simple balade dans le parc national. À l’achat des accès dans une cabane en pleine jungle, le gardien me présente son cellulaire avec l’application Traduction ouverte. Celle-ci écrit : « Attention au fil électrique en montant. » Ce qui prend tout son sens, car en escaladant une montée très escarpée, on doit enjamber, passer en dessous et contourner de « véritables plats de nouilles » pendouillant et accrochés de façon rudimentaire aux branches. Pour compléter le tableau, des enseignes « Danger de mort par électrocution » ponctuent le sentier. La chaleur et l’humidité nous font suer à grosses gouttes. Nous escaladons les rochers à travers les racines à un rythme soutenu. Le soleil se couche à 17 h 30 après tout. S’ensuit un court moment de découragement... Nous croisons deux randonneurs et apprenons que nous sommes à vingt minutes du but. Après une finale encore plus abrupte, nous arrivons enfin au sommet. La vue sur la baie d’Halong est à couper le souffle sous le dernier rayon. Mais il faudra redescendre à la lampe frontale…

Au cœur du marché ethnique de Lung Phinh

Mathieu Dupuis

Canon EOS RP + RF 50mm F/1.8 STM
1/500 | f/1.7 | ISO 100

Après un superbe séjour entre randonnées et activités touristiques dans la région de Sa Pa, je décide de m’enfoncer dans l’arrière-pays au nord du Vietnam. Suite à mes recherches pour trouver un point de chute, je mise sur Bac Ha, une petite ville reconnue pour être peu visitée par les touristes, à l’exception du dimanche lors du marché des minorités ethniques. En ce qui me concerne, je suis plus ou moins intéressé par ce dernier, puisque j’ai comme objectif d’aller à celui de Lung Phinh, réputé pour son authenticité. Trung, mon guide local, me donne rendez-vous le lendemain matin à 6 h. On part avec son petit Jeep Suzuki qui porte le poids des années, mais qui négocie malgré tout la route cahoteuse avec assurance. Lung Phinh se situe à quelques kilomètres. Nous voilà maintenant sous les averses et le brouillard d’altitude. Il me dépose devant un attroupement désorganisé de mobylettes et une foule colorée. Revêtus de leurs plus beaux habits pour l’occasion, les ethnies H’Mông, Hoa, Giáy, Tày, Nùng, Phù s’y retrouvent. Ces marchés hebdomadaires demeurent des occasions uniques de rencontres, d’échanges et de partages. Non loin de cet endroit fort achalandé, je rencontre par hasard une femme qui accepte en toute candeur de se faire photographier. En fin de compte, ce sera ma photo préférée de la journée

Cao bang et sa mystérieuse montagne

Mathieu Dupuis

DJI Mini 3 Pro
1/640 | f/1.7 | ISO 100

Après un séjour d’immersion culturelle fort intéressant dans le nord-ouest du Vietnam, on met le cap sur la région de Cao Bang. La célèbre chute d’eau Ban Gioc se retrouve parmi les attraits notoires de la région. Ses rives sont partagées entre la Chine d’un côté et le Vietnam de l’autre. Il s’agit des plus grandes chutes d’eau du Vietnam. En ce qui me concerne, je suis plus attiré par la montagne mystérieuse. Par ailleurs, cet endroit est beaucoup moins touristique. La « Nui Thung Mountain » est surnommée « Angel Eye ». Ce piton calcaire karstique, situé à 70 km des chutes, se caractérise par une immense cavité en son centre. Des concrétions calcaires, c’est-à-dire des masses minérales formées par des précipitations autour d’un fragment de matériau, se forment dans la voûte supérieure de la caverne. Ce phénomène confère à l’endroit une ambiance spectaculaire. Lors de ma visite sous un léger crachin, le sol est particulièrement boueux. La terre rougeâtre colle comme de l’argile aux semelles. Mon chauffeur, un fin connaisseur de l’endroit, a d’ailleurs apporté des cartons pour épargner ses tapis de voiture. En randonnée, je découvre un cadre naturel spectaculaire. Des reliefs variés à perte de vue dans un écrin de brouillard m’inspirent. À un moment, je sens qu’il y a un créneau pour faire ma photo. La brume se positionne à merveille et crée une scène qui semble tout droit sortie d’un film.

Hoi An, l’éternel

Malgré des prévisions météorologiques plutôt défavorables, je prends un vol intérieur du nord du Vietnam vers le centre. La saison des pluies n’est pas encore terminée. Par conséquent, c’est un risque de découvrir Hôi An sous un couvert de nuages. Cette agglomération de 120 000 habitants constitue un véritable joyau historique de la province de Quang Nam. C’est un musée à ciel ouvert. La vieille ville, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999, se caractérise par son architecture traditionnelle et ses façades jaunes. La vie y coule à un rythme très différent. Ici, pas de grandes artères congestionnées prises d’assaut par les nombreuses mobylettes ! Les piétons retrouvent une certaine quiétude avec des rues sur lesquelles l’on peut marcher librement. Cet endroit évolue au cœur de l’eau, élément naturel omniprésent à Hôi An. La rivière Thu Bon est le théâtre d’un spectacle hautement visuel à la tombée du jour... Les fameuses balades en barque à la lueur des lanternes possèdent un caractère unique. Après une marche fascinante dans les petites rues et ruelles étroites de la vieille ville, je me dirige sur les rives de la rivière. Bien que recherché par beaucoup de touristes, le spectacle vaut le détour. Cette symphonie de lumières qui valsent dans la lueur du crépuscule procure un immense plaisir pour les yeux !

Saigon

Il est impossible de ne pas passer par Hô Chi Minh-Ville, anciennement connu sous le nom évocateur de Saigon. Bien que Hanoï soit la capitale du pays, Hô Chi Minh-Ville est plus densément peuplée avec 9,3 millions d’habitants recensés en 2023. Il n’est donc pas étonnant de se retrouver dans une cité urbaine électrisante qui grouille de dynamisme et de développement. Alors que nous nous installons à notre hôtel, le préposé à l’accueil nous recommande de profiter de la soirée sur la fameuse rue Bui Vien, surnommée la « Backpacker street ». Dans le plus grand des hasards de la réservation en ligne, ladite rue n’est qu’à un pâté de maisons. Le boulevard à six voies que l’on doit traverser nous rappelle la complexité de se balader dans les villes vietnamiennes. Mais après sept semaines dans le pays, on fonce les yeux fermés sans hésitation au travers du flux de centaines de mobylettes qui filent à vive allure. Enfin, la traverse piétonnière nous attend de l’autre côté. La « backpacker Street », longue de 1400 mètres, se situe au cœur du district 1. Souvent comparée à la Khao San de Bangkok en Thaïlande, cette artère est énergique et divertissante. Néanmoins, j’ai préféré m’aventurer dans les ruelles transversales abritant de superbes petits restaurants très authentiques.

Conclusion

Ce périple fut sans contredit l’un des plus beaux de ma vie. Devoir reprendre le chemin du retour est à la fois triste et excitant puisque je sais pertinemment que je serai de retour dans ce magnifique pays dans les prochains mois pour d’autres ateliers photo-voyage…

Pour ceux et celles qui seraient intéressés à vivre une expérience photographique au Vietnam, mon prochain atelier photo-voyage est prévu du 21 septembre au 4 octobre 2025.

Pour de plus amples informations sur l’itinéraire : https://www.terdav.ca/ps-vietnam/rn-hanoi-baie-halong/tp-circuit-accompagne/at-photographie/viec02--lumieres-vietnam-mathieu-dupuis


Jesse Olivier

Jesse Olivier

Photographe professionnel, auteur de livres et chroniqueur voyage depuis de nombreuses années, je parcours le monde en quête de sujets pour mes reportages. Des paysages grandioses aux sujets de fond, je multiplie les collaborations afin de découvrir et faire découvrir le monde qui nous entoure. Mes images d’archive sont disponibles pour acquisition de licences d’utilisation pour diverses applications commerciales ainsi que pour des reproductions sous la forme de tirages d’art.


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